Trahison au volant, roman · Chapitre 1 sur 24
Chapitre 1 : L’alerte
Mon téléphone vibra contre ma poitrine au moment où ma femme levait son verre.
Quarante personnes se tenaient dans notre salon, en train de nous sourire.
C’était notre huitième anniversaire de mariage, et Marissa avait choisi la robe, le traiteur et la playlist.
— À Gavin, dit-elle, qui m’ouvre encore toutes les portes.
Tout le monde rit et fit tinter les verres.
Je sortis mon téléphone de ma veste pour le mettre en silencieux.
L’écran affichait l’application de la voiture que j’avais installée pour la sécurité de Milly.
« Caméra de l’habitacle : nouvel enregistrement sauvegardé. Tahoe blanche, allée. »
La Tahoe était à Marissa, et elle était garée dehors depuis deux heures.
Personne n’avait été envoyé la chercher.
Je levai les yeux et la trouvai en train d’observer ma main.
Son sourire ne bougea pas d’un iota.
— Le travail ? demanda-t-elle.
— La concession, dis-je. Deux minutes.
— Pas ce soir, bébé.
— Deux minutes.
Je l’embrassai sur la joue et elle tourna le visage, si bien que mes lèvres effleurèrent le coin de sa bouche.
Elle sentait le champagne et le parfum que je lui avais acheté en mars.
Ma mère croisa mon regard depuis le canapé.
Selma Stanbridge, soixante-deux ans, les cheveux argentés, des perles et un blazer crème, n’avait pas bougé depuis une heure.
Elle leva son verre vers moi, en un petit salut poli.
Je sortis par la porte de côté.
L’allée était froide et silencieuse, et la Tahoe se trouvait sous l’érable.
Je n’avais jamais vérifié cette caméra.
Je l’avais installée pour pouvoir voir Milly s’attacher toute seule.
J’ouvris la portière du conducteur et le plafonnier s’alluma.
L’habitacle sentait l’eau de Cologne, et ce n’était pas la mienne.
Une eau de Cologne pour homme, chaude et boisée, imprégnait le siège passager.
Sur le tapis de sol gisait une boucle d’oreille, un petit anneau en argent.
Marissa ne portait plus de créoles depuis des années.
Je retirai la caméra de son support, au-dessus du rétroviseur, et repérai l’emplacement de la carte mémoire.
Mes mains étaient stables, ce qui me surprit.
Je retirai la carte et la tins dans ma paume.
Elle avait la taille d’un ongle.
Derrière moi, le bruit de la fête montait et retombait à travers le mur de la maison.
Quelqu’un rit, et c’était peut-être ma femme.
Je m’assis au volant et refermai la portière.
Mon téléphone pouvait lire la carte via l’application, alors je branchai le câble à la console.
Le clip le plus récent datait de quatre jours, un lundi.
Il durait dix minutes.
J’appuyai sur lecture.
L’image était granuleuse, baignée par le vert de la nuit.
La Tahoe était garée dans un endroit sombre, avec un bâtiment derrière elle et une enseigne que je n’arrivais pas à lire.
Marissa était assise au volant, dans un manteau que je ne lui avais jamais vu.
Elle avait les cheveux détachés, comme elle les portait quand elle était heureuse.
Un homme était assis sur le siège passager, mais la caméra ne montrait que son épaule et l’arrière de sa tête.
— Tu ne peux pas continuer comme ça, dit Marissa.
Sa voix était basse et chaleureuse.
C’était la voix qu’elle prenait quand Milly faisait un cauchemar.
— Je sais, dit l’homme.
— Je suis venu parce que tu m’as écrit.
— Je t’écris toujours.
Elle rit et posa la paume à plat contre sa poitrine.
Il recouvrit sa main de la sienne.
Je regardai ma femme se pencher par-dessus la console et embrasser un autre homme.
Ce n’était pas un baiser rapide.
C’était un baiser chargé d’années.
Je ne bougeai pas.
Je ne respirais pas non plus, et je ne m’en rendis compte que lorsque mes poumons commencèrent à me faire mal.
Sa main se glissa dans les cheveux de l’homme.
La main de celui-ci remonta jusqu’à sa mâchoire, et je vis une montre en acier luire à son poignet.
— Milly avait sa répétition de récital, dit Marissa contre sa bouche.
— Gavin l’y a emmenée. Il est resté assis au premier rang pendant deux heures, avec un petit dinosaure en fer-blanc sur les genoux.
L’homme rit doucement.
— C’est un bon père.
— C’est un père formidable, dit-elle. C’est pour ça que ça marche.
Quelque chose de froid et de minuscule se retourna dans ma poitrine.
— Regarde sa photo, dit l’homme.
Marissa leva son téléphone.
Je distinguais le visage de ma fille à l’écran, ses dents de devant écartées, ses tresses en train de se défaire.
— Elle a mon menton, Mari, dit l’homme.
Sa voix s’adoucit, presque tendre.
— Sept ans que ça dure, et elle a mon menton.
— Ne dis pas ça, murmura Marissa.
— Mère sera tellement contente.
Le clip continua, mais je ne l’entendais plus.
J’étais assis dans la voiture de ma femme, dans mon allée, et je fixais la photo de ma fille sur un écran volé.
Derrière moi, de l’autre côté du mur de la maison, quelqu’un se mit à chanter « Joyeux anniversaire de mariage ».
La chanson était pour nous.