Elle a découvert sa grossesse le jour de son divorce, le Don a choisi de la protéger, roman · Chapitre 1 sur 24
Chapitre 1 : Onze semaines
Le jour où Élise voit le cœur de son bébé, Enzo rentre avec une autre femme et un bébé, et le courriel du divorce arrive devant tous les voisins.
Le jour où j'ai vu battre le cœur de mon bébé, mon mari est rentré de Dubaï avec une autre femme et un bébé dans les bras.
Mais à neuf heures du matin, je ne savais encore rien de tout ça.
J'étais allongée dans un cabinet de la rue de France, à Nice, le gel froid sur le ventre.
"Onze semaines et deux jours", a dit la doctoresse, et elle a tourné l'écran vers moi.
Il y avait une forme grise, un peu penchée, et au milieu un point qui clignotait très vite.
"Voilà le cœur."
Je n'ai rien pu répondre, parce que j'avais les deux mains sur la bouche.
Pendant deux ans, chaque mois s'était terminé de la même façon, et j'avais fini par ne plus compter mes cycles.
Si j'étais venue ce matin-là, c'était seulement parce que je m'étais évanouie dans la librairie où je travaille.
La doctoresse m'a imprimé une photo de l'échographie.
Je l'ai glissée dans mon sac, contre mon portefeuille, et dans l'escalier j'ai serré le sac contre moi à deux bras.
Enzo atterrissait à onze heures.
Il était parti pour Dubaï depuis dix semaines, et la veille de son départ, nous avions encore essayé, sans y croire.
Je voulais le lui annoncer moi-même, dans notre cuisine, avec la photo posée sur la table.
À neuf heures quarante, mon téléphone a vibré.
C'était Martha, ma belle-mère, rentrée la veille de Naples où elle avait passé quatre mois au chevet de sa sœur.
"Ma chérie, descends l'accueillir dans la cour. Enzo y tient, il a une surprise pour toi. Ça va être un très beau jour. Je t'embrasse."
Elle m'écrivait avec des cœurs depuis des semaines, elle qui ne m'avait jamais écrit un seul mot gentil avant de partir.
Enzo avait fini par m'expliquer que sa mère s'adoucissait avec l'âge.
Enzo me défendait contre elle depuis deux ans.
À chaque déjeuner du dimanche, il disait à sa mère de me laisser tranquille, et c'est pour ça que je lui faisais confiance.
À la maison, j'ai ouvert le placard de la cuisine pour y poser mon sac.
Ma petite boîte bleue de vitamines était sur l'étagère, vide, comme depuis des semaines.
Martha me la remplissait elle-même chaque dimanche depuis deux ans, et elle m'avait promis de s'en occuper dès son retour de Naples.
J'ai pensé que je lui en parlerais demain, puisque j'avais une autre chose à lui dire.
Puis j'ai mis ma robe verte, celle que ma mère m'avait offerte, et j'ai pris dans le frigo le gâteau aux amandes que j'avais préparé.
À onze heures dix, j'étais dans la cour de notre immeuble du boulevard Gambetta.
La concierge arrosait ses géraniums, et deux voisins buvaient leur café sur le banc.
Je leur ai dit que mon mari rentrait de voyage, et la concierge m'a souri.
"Il va être content de vous voir, madame Moretti."
La grande voiture noire de la famille est entrée par le portail à onze heures vingt.
Le chauffeur a ouvert la portière arrière, et Enzo est descendu le premier.
Il était bronzé, en costume clair, les cheveux plus courts que quand il était parti.
Il m'a regardée avec un sourire poli qui n'a pas atteint ses yeux.
"Élise."
Il ne m'a pas appelée "ma chérie", ni embrassée.
Il s'est retourné vers la voiture et il a tendu la main à l'intérieur.
Une femme est sortie par la même portière.
Elle avait trente ans environ, des cheveux noirs tirés en arrière, et elle tenait contre elle un bébé enveloppé dans une couverture crème.
Le bébé avait les cheveux sombres d'Enzo, et la même ligne de sourcils.
Le gâteau s'est incliné dans mes mains.
"Je ne voulais pas que tu l'apprennes par quelqu'un d'autre", a dit Enzo.
Mon téléphone a vibré dans ma poche, une fois, puis une seconde.
Je l'ai sorti sans le décider.
C'était un courriel du cabinet d'avocats de la famille, envoyé à onze heures dix-huit, pendant qu'il était encore sur la route.
L'objet disait : "Convention de divorce à signer."
Le corps du message était signé de lui, d'un seul mot : "Enzo".
Il savait donc depuis le début de la route que je descendrais, et il avait pressé le bouton quand la voiture était entrée dans la cour.
"Tu l'as reçu", a-t-il dit. "Bien. C'est plus simple comme ça."
La concierge avait posé son arrosoir.
Les deux voisins ne buvaient plus leur café, et l'un d'eux avait sorti son téléphone.
"C'est ma fille", a dit Enzo en montrant le bébé. "Elle a quatre mois."
J'ai fait le calcul sans le vouloir, parce que mon cerveau comptait toujours les mois, et il y avait plus d'un an dans ce calcul.
Plus d'un an de voyages à Milan, de messages tardifs, d'excuses sur les réunions qui traînaient.
Plus d'un an pendant lequel il m'avait tenu la main dans une salle d'attente, en me disant qu'il m'aimerait quoi qu'il arrive.
Je n'ai pas crié.
J'ai posé le gâteau sur le banc, très doucement, à côté du café du voisin.
J'ai retiré mon alliance, et je l'ai posée sur le capot de la voiture.
Elle a fait un petit bruit métallique dans le silence de la cour.
Puis j'ai ouvert mon sac pour prendre mes clés, et la photo de l'échographie a glissé sur le pavé.
Enzo s'est baissé le premier.
Il a lu la ligne imprimée en haut, et j'ai vu ses lèvres bouger.
"Onze semaines."
Il a levé la tête vers mon ventre, puis vers mon visage, et toute sa couleur est partie.
"Élise. C'est à moi?"
Je lui ai repris la photo des doigts.
"Tu as dix semaines pour te rappeler la dernière fois."
Il a ouvert la bouche, et la femme au bébé a fait un pas en arrière.
Je n'ai pas attendu de savoir ce qu'il allait dire.
Je ne suis pas remontée à l'appartement, je ne suis pas retournée dans cette cuisine.
Je me suis dirigée vers ma petite voiture garée près du mur, et j'ai ouvert la portière.
C'est à ce moment-là que la femme a parlé, à voix basse, derrière moi.
"Tante Martha m'avait dit que tu ne pouvais pas avoir d'enfant."
Elle serrait le bébé contre elle, et elle avait l'air sincèrement perdue.
"Elle m'a dit que tu comprendrais."