Elle cherche des hommes âgés, Maître D lui apprend à poser ses limites, roman · Chapitre 3 sur 24
Chapitre 3 : La liste
Élise écrit sa liste de limites, Maître D barre un oui écrit pour l'impressionner, puis lui ordonne de sortir sans culotte.
J'ai mis quatre heures à écrire ma liste.
Je l'ai commencée à dix-neuf heures, assise à mon bureau, avec une feuille de brouillon et un stylo mâchonné.
Je n'avais jamais mis ces choses-là noir sur blanc.
Dans ma tête, elles étaient floues et brûlantes.
Sur la feuille, elles devenaient des mots, et chaque mot avait l'air d'une confession.
J'ai fait trois colonnes: ce que j'accepte, ce que je refuse, ce que je veux essayer.
Dans la première, j'ai écrit "fessées", "insultes", "être appelée petite salope", "être rabaissée", "être attachée".
Dans la troisième, "être partagée", "un week-end chez un autre maître", "être tenue en laisse", "être regardée".
Dans la deuxième, je n'ai presque rien mis, parce que je ne savais pas ce qui me ferait peur.
J'ai écrit "le sang", "les cicatrices", "les filles", et j'ai hésité très longtemps sur la dernière ligne.
Puis j'ai tout recopié au propre sur mon ordinateur et je lui ai envoyé le fichier à vingt-trois heures.
Il ne m'a pas répondu.
À minuit et demi, il m'a appelée.
"Je l'ai lue."
Sa voix était la même que l'autre soir, basse, sans hâte.
"Bonsoir, Maître D."
"Tu as écrit beaucoup de choses."
"Oui, Maître D."
"Je vais te les lire. Tu m'arrêtes si je me trompe."
J'ai entendu un froissement de papier, comme s'il l'avait imprimée.
Il a lu ma liste à voix haute, ligne après ligne, d'un ton si neutre que chaque ligne m'a paru plus indécente que la précédente.
"Fessées. Insultes. Être attachée. Être tenue en laisse."
Il s'est arrêté.
"'Marquer la peau de façon durable.' Tu as coché oui."
Je n'avais pas coché ça.
J'ai cherché dans ma mémoire, et j'ai retrouvé la ligne, tout en bas, que j'avais ajoutée en dernier, la main tremblante, parce que j'avais voulu avoir l'air de quelqu'un qui n'a peur de rien.
"Je ne sais pas ce que ça veut dire", ai-je avoué.
"Je sais."
Sa voix n'avait pas monté.
"Tu l'as écrit pour m'impressionner. Je vais le barrer."
"Mais..."
"Si tu veux que je te marque un jour, tu me le diras toi-même, avec tes mots, et je te demanderai pourquoi. Pas avant."
J'ai senti mon visage devenir chaud dans le noir.
"Pardon, Maître D."
"Ne t'excuse pas. Je préfère une ligne de moins qu'une ligne fausse."
J'ai serré le téléphone contre mon oreille.
Les autres hommes aimaient quand je disais oui à tout.
Lui, il venait de me corriger parce que j'avais dit oui à trop.
"Tu as aussi écrit: 'être partagée.' Ça, je veux que tu me le dises avec ta voix."
"C'est un fantasme, Maître D."
"Ce n'est pas une réponse."
J'ai dégluti.
"J'aimerais qu'un homme me regarde pendant qu'un autre me prend. Je voudrais qu'ils parlent de moi comme si je n'étais pas là."
"Ça t'excite?"
"Oui, Maître D."
"Tu le feras si je le décide?"
"Pas sans que vous me le demandiez avant."
"Bonne réponse", a-t-il dit.
J'ai senti quelque chose se dénouer dans ma poitrine, et je n'ai pas osé le nommer.
"Voilà la règle, Élise."
C'était la première fois qu'il m'appelait par mon prénom, alors que je ne le lui avais jamais donné.
Il a dû entendre ma respiration s'arrêter.
"Ta carte d'étudiante", a-t-il dit.
"Tu peux garder ton prénom pour toi, mais moi, je le connais. Ne l'oublie pas."
"Oui, Maître D."
"Tu m'appelleras Maître jusqu'à ce que je t'autorise à dire autre chose. C'est clair?"
"Oui, Maître D."
"Maintenant, tu retires tout ce que tu portes."
Je me suis levée de mon bureau, les jambes molles, et je me suis déshabillée dans la lumière jaune de la lampe.
"C'est fait."
"Tu te regardes dans la glace de ton armoire."
Je me suis regardée.
Nue, petite, les mains pendantes, les tétons durcis par l'air frais du studio.
"Tu es belle", a-t-il dit.
Personne ne me l'avait dit comme ça.
Il n'y avait pas de flatterie dans sa voix, juste un constat.
"Demain, tu iras à ta fac avec la lingerie que je vais te choisir. Dentelle noire, bas, rien d'autre sous ta robe. Je t'enverrai le modèle ce soir."
"Oui, Maître D."
"Tu m'enverras une photo dans la glace des toilettes de la bibliothèque, sans ton visage, à quatorze heures."
"Oui, Maître D."
"Et tu ne touches pas ton sexe jusqu'à ce que je te le permette. Pas une seule fois."
Mon ventre s'est contracté.
"Même ce soir?"
"Même ce soir."
Il a laissé passer deux secondes.
"Tu as le droit de me dire non, tu sais."
J'ai tourné la tête vers le téléphone, étonnée.
"Je ne veux pas dire non, Maître D."
"Je sais que tu ne veux pas. Je te dis seulement que tu peux."
Il a raccroché sur ces mots.
J'ai attendu un long moment, debout et nue devant mon propre reflet.
Quelques minutes plus tard, un lien est arrivé: un body en dentelle noire, une paire de bas à jarretières, un porte-jarretelles.
Je l'ai commandé en livraison express, avec ma carte bleue.
Je n'ai pas dormi, parce que j'avais mal d'envie et que je tenais ma parole.
Le lendemain, à quatorze heures, dans les toilettes de la bibliothèque universitaire, je me suis photographiée de dos dans la glace, avec mon vieux body noir sous ma robe retroussée.
Je lui ai envoyé la photo.
Sa réponse est arrivée avant que j'aie remis ma robe.
"Bien."
"Maintenant, ce soir, tu sors. Une jupe courte, pas de culotte, pas de collants."
"Dans un café, en face de ta fac. Seule. Une heure."
"Tu me diras combien d'hommes t'ont regardée."
Je suis restée immobile, le cœur battant contre mes côtes, dans l'odeur de savon des toilettes.
Il me demandait de sortir dans la ville, devant tout le monde, avec son ordre sous ma jupe.
Et j'ai senti que je ne voulais pas dire non.