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Il voulait faire de moi sa maîtresse, alors j’ai divorcé pour un prince lycan, roman · Chapitre 1 sur 24

Chapitre 1 : Le toast

La fête des moissons se tenait dans notre salle de meute, où deux cents loups étaient installés à de longues tables et où le prince en visite était assis près de la porte.

Je comptais encore les dégâts de la soirée quand ma belle-mère me trouva derrière l’estrade.

— Ne bouge pas, ma chère.

Elle remit droit le foulard de soie autour de mon cou et en lissa le nœud.

— Voilà. Parfait.

Ma belle-mère m’avait offert ce foulard la semaine où j’avais épousé son fils.

J’en avais porté un tous les jours pendant six ans, et personne dans la meute ne m’avait jamais demandé pourquoi.

Mon mari n’avait jamais posé les yeux sur mon cou.

Je m’en étais rendu compte vers notre deuxième hiver, puis j’avais cessé d’y prêter attention vers le quatrième.

— Il dit que ce soir, il s’agit juste d’un toast, dit-elle. Rien d’inquiétant.

Elle me tapota la joue et retourna à sa place.

Savannah m’apporta une tasse de thé avant que je puisse m’asseoir.

Elle avait rejoint la meute trois semaines plus tôt et savait déjà comment je l’aimais.

— Hattie dit que tu as encore sauté le déjeuner, dit-elle en me glissant un biscuit au gingembre dans l’autre main. Mange.

Je le mangeai.

À l’autre bout de la salle, Lucan Thorngate était assis sans même avoir retiré son manteau.

Il était le prince héritier des Lycans, et il avait franchi le col pour nos négociations d’automne avec la meute six années de suite.

Ici, tout le monde appelait mon mari Dalton Hartridge, Alpha d’Ember Ridge, et moi la Luna.

Il m’observa par-dessus le bord de son verre, puis baissa les yeux vers la table.

Dalton monta sur l’estrade et cogna sa coupe contre la pierre de l’Alpha.

Le silence se fit dans la salle.

— Mes amis, dit-il. Ce soir, je suis béni deux fois.

Il tendit la main vers les tables.

Savannah se leva et s’avança vers lui dans son cardigan jaune pâle, et il la prit par la taille.

— La Déesse de la Lune m’a donné mon âme sœur prédestinée, dit-il. Savannah Crowe.

Cent voix se mirent à parler toutes à la fois.

Quelqu’un applaudit, puis s’arrêta quand personne ne se joignit à lui.

Je restai où j’étais, ma tasse de thé à la main.

Dalton me repéra dans la foule et m’adressa le sourire qu’il réservait aux anciens quand il voulait obtenir une signature.

— Eloise, tu as été la meilleure Luna que cette meute puisse espérer, dit-il assez fort pour que les derniers rangs l’entendent. Ça ne changera pas. Tu auras une chambre dans l’aile est et tu garderas ta place à la comptabilité.

Il se tourna vers la meute.

— Ma femme restera parmi nous en tant que ma maîtresse. Savannah a accepté.

Savannah baissa les yeux et ne dit pas un mot.

Je sentis le regard d’Odessa posé sur moi depuis la table du premier rang.

Je sentis deux cents autres regards.

Pendant six ans, j’avais tenu les comptes de cette meute à la lueur d’une lampe, tandis que le loup de Dalton dormait tout l’hiver.

J’avais rédigé la charte qui lui donnait le droit de se tenir là-haut.

Je posai ma tasse sur la marche de l’estrade.

— Hattie, dis-je. Le Livre de pierre, s’il te plaît.

Hattie traversait déjà la foule, le livre serré contre sa poitrine.

Elle le posa sur la table du greffier, devant l’estrade, et l’ouvrit à la page que j’avais écrite de ma main.

Toute Luna peut mettre fin à son mariage en signant ici devant témoins.

La signature de l’Alpha n’est pas nécessaire.

Dalton éclata de rire.

— Eloise, ne fais pas de scène.

Je pris la plume des mains de Hattie.

— Tu viens de dire à deux cents personnes que je serais ta maîtresse, dis-je. J’aimerais que ces mêmes deux cents personnes entendent ma réponse.

— Assieds-toi, dit-il d’une voix plus basse. On parlera à la maison.

— Je ne rentrerai pas avec toi.

Je signai mon nom.

Eloise Garrow, puis la date en dessous.

Je reposai la plume, et l’encre s’assombrit sur la page.

Quelque chose de lourd se dénoua dans ma poitrine.

Dalton blêmit.

— Tu ne peux pas, dit-il. C’est une formalité. Tu ne le ferais pas.

— C’est fait.

Derrière lui, Savannah plaqua les deux mains sur sa bouche.

Odessa se souleva à moitié de sa chaise, puis se rassit.

Personne ne bougea.

Je reculai de la table et constatai que mes jambes me portaient.

Puis une chaise racla le sol, à l’autre bout de la salle.

Lucan Thorngate se leva et s’avança entre les tables ; chaque loup sur son passage s’écartait.

Il s’arrêta devant moi.

Il faisait une tête de plus que moi, et ses yeux avaient la couleur de la pluie sur l’ardoise.

Il ne m’avait jamais adressé la parole autrement que pour parler des frontières.

— L’encre est sèche, Eloise, dit-il assez bas pour que seules les premières tables l’entendent. Tu es libre.

Il posa la main sur son cœur.

— Alors j’en ai fini d’attendre, dit-il. Je te revendique.

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