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L’Échange des milliardaires, roman · Chapitre 1 sur 16

Chapitre 1 : Deux portefeuilles

Ma sœur voulait mon mari.

Elle l’a annoncé au déjeuner du dimanche, devant toute la famille, la main posée sur mon bras.

— Abigail, tu t’es toujours fichue de savoir avec qui tu te mariais. Alors, échangeons.

J’étais sur le point d’acquiescer.

Mon mari s’est penché vers moi et m’a plaqué la main sur la bouche.

— Il n’en est pas question, a dit Stuart.

Pour comprendre pourquoi j’étais sur le point d’acquiescer, il faut savoir comment je suis.

Je ne me suis jamais battue pour quoi que ce soit.

Quand j’avais cinq ans, Meredith et Toby se sont disputés en hurlant pour la dernière briquette de jus dans le frigo.

Assise sur le tabouret de la cuisine, je les ai regardés se l’arracher.

Il y avait du jus partout sur le sol.

Je n’en avais pas besoin. Ce n’était que du jus.

Maman disait que je n’avais pas de caractère.

Papa disait que ça lui brisait un peu le cœur.

Puis ils ont tous les deux compris à quel point c’était pratique.

À une fille qui ne se bat pas, on peut refiler tout ce qui reste.

Meredith a eu la grande chambre avec la baie vitrée, parce qu’il faut gâter les filles.

Toby a eu des précepteurs particuliers, parce qu’il faut donner de l’avance aux garçons.

J’ai eu la petite chambre au nord, au-dessus du garage, et l’école publique du coin.

— Abigail est la raisonnable, disait maman à tout le monde. Elle ne verra pas d’inconvénient.

Et ça ne me dérangeait pas.

À vingt-trois ans, j’avais un travail de bureau où je classais des dossiers de sinistres chez Lakeshore Mutual Insurance.

Meredith est rentrée de deux ans à Londres en mars.

Cette même semaine, maman et papa nous ont fait venir toutes les deux au salon.

Deux chemises en cuir étaient posées sur la table basse.

Papa s’est raclé la gorge.

— Vous êtes assez grandes maintenant. Votre grand-père a pris certains engagements. Ce sont deux bonnes familles.

J’ai ouvert celle qui se trouvait le plus près de moi.

Stuart Drummond, vingt-huit ans. Héritier du groupe Drummond.

La photo montrait un homme aux sourcils sombres et aux yeux gris très clairs.

Une note était fixée dessous avec un trombone.

Groupe Drummond : en faillite depuis le printemps dernier. Actifs familiaux gelés.

L’autre chemise indiquait Trey Hatcher, vingt-neuf ans. Fils unique de Hatcher Capital. Milliardaire.

— Meredith choisit en premier, a dit maman.

C’est ce qu’elle a dit.

Meredith n’a même pas jeté un regard à la mienne.

Elle a balayé la chemise de Trey de la table et l’a serrée contre sa poitrine.

— Les Hatcher. Évidemment.

Puis elle m’a souri.

— Toi, tu prends le ruiné, Abigail. Tu n’es pas difficile.

J’ai regardé de nouveau la photo de Stuart.

Il avait une jolie bouche.

— D’accord, ai-je dit.

Maman a poussé un grand soupir de soulagement.

— Il reste un Drummond, ma chérie. C’est mieux que ce que tu aurais trouvé toute seule.

Papa a hoché la tête. — Alors, c’est réglé.

J’ai refermé la chemise.

Un mari reste un mari. Tant que c’est une personne, ça me va.

Après ça, la maison n’a plus parlé que du mariage de Meredith.

Cinquante tables à l’hôtel Drake.

Des robes venues de Milan.

Un camion de déménagement s’est arrêté dans notre allée trois samedis de suite.

Des meubles, des sacs à main, du cristal, un service à thé en argent.

Maman se tenait au bord du trottoir, un presse-papiers à la main et un chèque de cinq cent mille dollars.

— Les Hatcher ne doivent pas nous prendre pour des radins, a-t-elle dit.

Pour moi, elle a préparé deux valises et un fin collier en argent.

Puis elle est montée et est redescendue avec le bracelet en jade vert de grand-mère.

Grand-mère avait toujours dit qu’il était pour moi.

Maman l’a passé au poignet de Meredith.

— Il lui va mieux, a dit maman. Tu ne portes pas de bijoux.

— D’accord, ai-je dit.

Mon mariage à moi a eu lieu une semaine après celui de Meredith.

Dix tables chez Rosa, le restaurant italien près des voies ferrées.

Le matin même, maman m’a appelée.

— Ton père a mal au dos et nous avons promis un brunch aux Hatcher. Tu comprends.

Seul Toby est venu, et il est parti avant le gâteau.

Je portais une robe blanche toute simple, achetée en solde.

Quelques cousins Drummond étaient assis devant, ainsi que deux filles de mon bureau.

Puis j’ai vu Stuart en personne pour la première fois.

Il était plus grand que sur sa photo, et plus mince.

Son costume bleu marine avait été lavé si souvent que les poignets en étaient tout usés.

Mais sa cravate était impeccable.

Il m’a regardée.

En me glissant l’alliance en argent au doigt, il s’est penché vers moi.

— Je suis désolé, a-t-il murmuré. Tu as hérité de moi.

— Ça ne me dérange pas, ai-je répondu.

Il m’a dévisagée.

Puis il a ri, tout doucement.

Nous étions en train de couper le gâteau au citron quand la porte d’entrée de chez Rosa s’est ouverte à la volée.

Meredith est entrée en robe de soie blanche, Trey Hatcher derrière elle.

Elle a brandi son téléphone et filmé la salle.

— Oh mon Dieu. Des serviettes en papier.

Trey s’est avancé jusqu’à notre table et a jaugé Stuart de la tête aux pieds.

— Félicitations, Drummond.

Il a pris une fraise sur notre gâteau et l’a mangée.

— Au fait, c’est mon père qui a racheté toutes tes dettes.

Il s’est léché le pouce.

— En septembre, on récupère le reste de ta société aux enchères. Je me suis dit que tu préférerais l’apprendre par la famille.

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