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Fuir l’Alpha cruel, roman · Chapitre 1 sur 16

Chapitre 1 : La porte vitrée

J’étais morte depuis trois ans.

Chaque dimanche, quelqu’un déposait des fleurs de lune blanches sur ma tombe.

Je le savais parce que la meute Ironclaw en publiait des photos.

Un grand homme en manteau anthracite, à genoux dans les aiguilles de pin, la tête inclinée.

« Notre Alpha n’oublie jamais », disait la légende.

Tous les lundis matin, je faisais défiler ces photos sur mon téléphone, debout derrière le comptoir de mon café, en Géorgie.

Puis je posais le téléphone face contre le comptoir et je préparais le café.

Ici, je m’appelais Wren Hale.

Mes cheveux étaient cuivrés, maintenant, coupés courts au niveau de la mâchoire.

Je portais tous les jours une écharpe ou un col montant, même en juillet.

— Wren, ma belle, les tartes aux pêches sont prêtes, lança Mae depuis l’arrière-boutique.

— J’arrive.

Le Blue Kettle sentait le sucre brûlé et le café torréfié foncé.

La clochette en laiton au-dessus de la porte vitrée tinta toute la matinée.

Des agriculteurs. Des enseignants. Deux adjoints du shérif qui ne payaient jamais leurs cafés supplémentaires.

Magnolia Creek était une petite ville de meute, et personne ici ne me demandait d’où je venais.

À 8 h 40, la clochette tinta de nouveau.

Je levai les yeux, un sourire déjà aux lèvres.

Il s’effaça aussitôt.

Il dut se baisser un peu pour passer sous l’encadrement.

Cheveux noirs rejetés en arrière. Yeux bleu glacier. Une bague d’Alpha en argent à la main droite.

Dominic Blackburn.

L’homme qui avait déposé des fleurs de lune sur mon cercueil vide cent cinquante-six dimanches d’affilée.

Mes mains se glacèrent autour du pot à lait.

Une femme entra derrière lui et lui prit le bras.

Cheveux platine. Manteau blanc nacré. Des diamants aux oreilles.

Celia Langford.

Elle portait sur son revers l’insigne en croissant de Lune.

Mon insigne.

— Oh mon Dieu, dit Celia en regardant autour d’elle. On se croirait dans une grange.

Dominic ne lui répondit pas.

Il regardait le menu affiché au mur.

Il ne m’avait pas encore regardée.

Je baissai la tête et essuyai la buse vapeur très lentement.

Sable, pensai-je.

Ma louve ne répondit pas.

Elle n’avait pas répondu depuis trois ans.

C’était la seule raison pour laquelle j’étais encore là, debout.

Sans elle, mon odeur était si faible que les autres loups me prenaient pour une humaine.

— Deux lattés, dit Celia en s’adressant au comptoir. Au lait d’avoine. Et assurez-vous qu’ils soient vraiment chauds.

Mae sortit en s’essuyant les mains sur son tablier.

— On va bien s’occuper de vous, ma belle.

Elle les prépara elle-même en fredonnant.

Je gardai le dos tourné et empilai des tasses qui n’avaient pas besoin de l’être.

— Voilà, dit Mae.

Celia prit une gorgée.

Puis elle inclina la tasse et la laissa se vider sur le comptoir.

Du lait chaud coula sur le bois et goutta sur les chaussures de Mae.

— J’ai dit chaud, dit Celia. Là, c’est tiède.

Le café se tut.

Un adjoint posa sa fourchette.

Mae ne broncha pas. — Je vous en refais un.

— Pas la peine. Celia prit une serviette dans le distributeur et la laissa tomber dans la flaque. Les meutes du Sud… Vous êtes vraiment juste des chiens avec des porches.

Un homme près de la fenêtre éclata de rire.

Personne d’autre ne rit.

— Nettoyez ça, dit Celia à Mae. Vous êtes là pour servir, non ?

Je me retournai.

Je ne l’avais pas décidé. Mon corps l’avait fait.

— Elle n’est pas là pour vous servir, dis-je. Elle a soixante et un ans, et vous allez lui présenter des excuses.

Celia me regarda pour la première fois.

Puis elle me détailla lentement de la tête aux pieds et sourit.

— Et vous, vous êtes qui ?

— C’est moi, la propriétaire.

— Eh bien. Elle rit. Ça explique l’odeur.

Dominic tourna la tête.

Pas vers Celia.

Vers moi.

Il fronçait les sourcils.

Il inspira par le nez.

Puis une seconde fois.

Je vis ses pupilles se dilater.

— Dom ? Celia lui toucha la manche. Qu’est-ce qu’il y a ?

Il ne l’entendit pas.

Il contourna l’extrémité du comptoir, là où les clients n’avaient pas le droit d’aller.

— Monsieur, dit Mae. Monsieur, vous ne pouvez pas passer derrière.

Il s’arrêta devant moi.

Il était assez près pour que je sente son eau de Cologne.

Cèdre et fumée.

La même qu’il portait la nuit où l’aile est avait brûlé.

— Redis quelque chose, dit-il.

— Vous devez vous éloigner de mon comptoir.

Son expression changea.

J’avais déjà vu cette expression, une fois, le soir de notre cérémonie d’union, quand il avait capté mon odeur pour la première fois, de l’autre côté de la clairière.

Il m’attrapa le poignet.

Sa prise était de fer.

— Lâchez-moi.

— Ta voix. Ses doigts s’enfoncèrent dans les os de mon poignet. Ta voix est la même.

— Vous me confondez avec quelqu’un.

— Ah oui ?

De l’autre main, il attrapa le bout libre de mon écharpe grise et tira.

Je me dégageai en pivotant.

L’écharpe se défit quand même et glissa de mon épaule.

Tout le café le vit.

La cicatrice argentée et déchiquetée sur le côté gauche de mon cou.

L’endroit où se trouvait autrefois sa marque, arrachée au couteau.

Dominic la fixa.

Derrière lui, la deuxième tasse de latté échappa à la main de Celia et se brisa par terre.

Il expira d’un seul coup, violemment.

— Tu es censée être morte.

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