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Elle Découvre sa Famille Mafia, Il Est le Père qu'elle Doit Cacher, roman · Chapitre 1 sur 24

Chapitre 1 : L'Ouverture

À sa table de famille, Élise apprend que les Gomez sont la mafia de Marseille, entre dans la course à l'héritage, puis reconnaît sur la photo de l'ennemi l'homme dont elle porte l'enfant.

Mon grand-père a fait taire quinze personnes en tapant une seule fois sur son verre.

C'était le deuxième samedi de janvier, dans la grande salle de la villa de la Corniche, à Marseille.

Dehors, la mer était noire.

Dedans, la longue table avait été dressée pour les quinze Gomez, et pas une seule fois depuis mon enfance on ne m'avait expliqué pourquoi on y mettait un panier pour les téléphones.

Moi, je venais de poser le mien dans le panier, avec le test de grossesse que j'avais rangé dans la poche de ma robe.

Deux barres roses.

Je l'avais refait ce matin, au cas où.

Dix semaines.

Le père, un homme de quarante ans que j'avais aimé pendant deux mois sans jamais connaître son nom de famille, ne savait rien.

Il m'avait dit s'appeler Damiano et travailler dans l'import, et je ne lui avais pas demandé davantage.

Je n'avais répondu à aucun de ses messages depuis trois semaines, parce que je ne savais pas quoi lui dire.

Ses derniers textes, je les gardais sans les ouvrir.

Je m'appelle Élise Gomez, j'ai dix-huit ans depuis septembre, et je fais ma deuxième année de psychologie.

Dans cette famille, je suis la petite dernière, celle qui écoute et qui ne dit rien.

Ce soir-là, j'ai écouté mieux que jamais.

"Mes enfants", a dit Alberto.

Il avait soixante-quinze ans, le dos droit, et des mains que personne n'avait jamais vues trembler.

Tout le monde a baissé les yeux, même l'oncle qui crie sur tout le monde.

"Chez nous, on apprend la vérité le soir de l'Ouverture, l'année des dix-huit ans", a dit mon grand-père.

"Tes cousins l'ont tous apprise avant toi."

Il m'a regardée.

"Élise est la dernière. Ce soir, la famille est complète."

J'ai cherché les yeux de ma mère.

Elle a fixé sa nappe.

Mon verre était déjà plein.

Celui des autres contenait du vin rouge, le mien du jus de raisin, posé là avant mon arrivée.

J'ai pensé que c'était la tradition pour la plus jeune, et je n'ai pas posé de question.

"Notre famille ne vend pas des bateaux", a repris Alberto, "même si les papiers disent le contraire."

Mon cousin Lucas a souri dans son verre.

Il avait vingt-cinq ans, des épaules d'armoire, et il m'avait dit un jour que je ne servais à rien dans une bagarre.

"Nous sommes la mafia du port de Marseille depuis quarante ans", a dit Alberto, sans élever la voix.

"Chacun de vous y entre à dix-huit ans. Chacun de vous y a sa place."

J'ai attendu le rire.

Personne n'a ri.

Ma cousine Inès, vingt-trois ans, qui avait toujours une réponse prête, a fait glisser un doigt le long de son verre.

Elle ne m'a pas regardée.

"C'est une blague", ai-je dit.

"Non", a répondu ma mère, tout bas.

J'avais l'impression que la salle s'était déplacée d'un pas à gauche, et que j'étais restée sur place.

Mon père, mon oncle, mes tantes: tous savaient.

Depuis dix-huit ans, on me servait des crêpes le dimanche, on me demandait mes notes, on m'accompagnait à la gare.

Et chaque dimanche, ils savaient.

"Je suis vieux", a repris Alberto. "Un don ne meurt pas dans son lit, mais je compte bien essayer."

Quelqu'un a toussé.

"Le moment est venu de choisir mon successeur. Il y a six petits-enfants et une seule place."

Il a laissé un silence.

"Vous serez évalués sur cinq épreuves: le combat, l'autorité, l'intelligence, l'improvisation et la diplomatie, avec nos alliés comme avec nos ennemis."

"Celui qui gagne dirige tout. Les autres obéissent."

"Chaque épreuve rapporte des points, et je serai le seul à les compter."

Personne n'a demandé comment.

Lucas a posé les deux mains à plat sur la table, comme quelqu'un qui a déjà gagné.

Inès a remonté le menton.

Et moi, j'ai pensé à mon ventre.

Je n'ai pas pu m'en empêcher.

Je n'ai posé aucune main dessus.

"Je veux refuser", ai-je dit.

Ma voix a tremblé, mais elle est sortie.

Alberto n'a pas bougé.

"On ne refuse pas, Élise. Pas dans cette famille."

"Alors je pars."

"Tu peux", a-t-il dit. "Le jour où tu auras perdu tout ce qui t'a été donné. Ta fac, ta chambre, le loyer de ta mère."

Je me suis tournée vers elle.

Elle pleurait sans bruit.

Personne ne m'a défendue.

Ni mon père, qui regardait ailleurs, ni mon oncle, ni les tantes qui m'avaient tressé les cheveux quand j'avais six ans.

Une seule fois, j'ai senti que quelque chose en moi se redressait.

C'était la première fois que ça m'arrivait avec eux.

"Et si je n'entre pas ?"

"Alors c'est Lucas ou Inès", a dit Alberto, "et tu leur obéiras."

J'ai regardé Lucas, qui souriait.

J'ai pensé à mon enfant, et à ce que ce sourire lui ferait un jour.

Je me suis levée.

"J'entre dans la course", ai-je dit.

Quinze visages se sont tournés vers moi.

Alberto a incliné la tête, très légèrement, comme si je venais de répondre juste.

Il a sorti de sa veste une photographie qu'il a fait glisser jusqu'à moi sur la nappe.

"Alors tu dois savoir qui est notre seul ennemi à Marseille."

J'ai baissé les yeux.

Un homme grand, brun, tatoué jusqu'au poignet, en costume sombre, sur les marches d'un tribunal.

Je connaissais cette mâchoire.

Je connaissais la ligne de ces épaules, la cicatrice sur le sourcil, et le tatouage qui dépassait de la manche.

J'avais passé deux mois dans ses bras.

"Il s'appelle Damiano Venturi", a dit mon grand-père. "Il a quarante ans, et il voudrait nous voir tous enterrés."

Je n'ai rien répondu.

Je suis restée debout devant la photo de l'homme dont j'attendais l'enfant.

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